Une session de montage ordinaire

Il y a quelques jours j’ai expliqué à quoi ressemblait une journée de tournage typique lors d’un mariage. Dans ce nouvel article, je vais parler de ce qu’il se passe ensuite : les 4 à 5 jours (en moyenne) de montage. Cette étape mérite bien son article dédié, vu qu’elle pèse beaucoup dans le devis et dans le coût d’une vidéo.

Mise en condition

Avant de commencer, je me donne généralement 3 mots d’ordre :

  • Faire des vidéos fidèles à l’événement et aux mariés. Montrer la journée telle qu’elle a eu lieu, sans artifice, sans mensonge.
  • Chercher l’émotion. Non pas faire du larmoyant à tout prix, mais faire en sorte que le spectateur soit touché.
  • Plaire à ceux qui s’en foutent : je veux qu’une personne ne connaissant pas les mariés aime leur vidéo de mariage.

Une vidéo est particulièrement soignée, plus que les autres : le clip récapitulatif. C’est la vidéo star, celle que l’on montre à tout le monde, même aux inconnus. Il faut qu’elle soit parfaite, que ce soit au niveau du visuel, du son, de l’émotion ou du timing.

Jour 0

Je rentre du mariage. Je ne vais pas encore me coucher, même s’il est 3 heures du matin. Je lance la copie des rushes sur ma station de montage, ainsi que la génération des proxies. Un proxy, c’est une version basse qualité d’une vidéo, qui est utilisée pour le montage, pour que le logiciel soit plus réactif et ainsi gagner du temps. Une fois le montage terminé, le rendu de la vidéo finale se fait avec les rushes originaux. La génération des proxies peut prendre plusieurs heures, pendant lesquelles je vais dormir.

Jour 1

Matin

Je commence l’étape cruciale du dérushage : je regarde tout ce que j’ai filmé, dans l’ordre chronologique, puis je sélectionne ce qui mérite de figurer dans les vidéos. A ce moment, je sais à peu près ce que je vais monter comme vidéos, par exemple :

  • Un clip récapitulatif
  • Une vidéo centrée sur la partie « cérémoniale » du mariage : généralement tout ce qui précède le vin d’honneur.
  • Une vidéo centrée sur la soirée
  • Plusieurs vidéos captant des instants dans leur entièreté : cérémonies, danses, animations, etc.
  • Un « bêtisier »

Je prépare donc mes différents espaces de travail, généralement appelés séquences : une séquence par vidéo. Je vais envoyer peu à peu toutes les images intéressantes dans la séquence qui lui correspond. Seule la séquence du clip récapitulatif reste vide pour l’instant.

Je filme entre 3 et 7 heures de vidéo par mariage. Il faut donc que je passe une durée équivalente à revoir tout ce matériau de base (appelé « rushes ») pendant le dérushage. Je revois les rushes en accéléré, ce qui me permet de gagner du temps. Mais ce temps est ensuite dépensé dans la sélection et le classement dans la bonne séquence des moments intéressants. Bref, en tout, il y en a pour une bonne journée de travail rien que sur cette étape.

Je n’effectue pas le dérushage d’une traite : au bout de quelques heures, mes yeux piquent, je saigne du nez et je commence à convulser. Je marque généralement une pause à l’arrivée dans la mairie (ou église). Je sais qu’à ce moment, j’ai fait le tour de tout le début de journée. Ainsi, je peux commencer à monter la vidéo récapitulative.

Après-midi

Je monte les 30 premières secondes de la vidéo. Ceci afin de vérifier que la musique choisie colle bien, et qu’on part sur de bonnes bases. Cela me permet de sortir un peu la tête du dérushage et d’attaquer la partie la plus fun : assembler les pièces, commencer à raconter une histoire. Une fois ce montage fait, je le soumets à validation de ma femme. Elle joue le rôle très important de baromètre de l’émotion et me procure le recul nécessaire pour savoir si le ton de mon montage est juste ou bien inapproprié.

C’est la fin du premier jour. J’ai effectué une bonne partie du dérushage, et j’ai un début de montage de la vidéo principale que je vais pouvoir mettre de côté le temps de continuer le reste. Je vais ainsi pouvoir prendre du recul par rapport à ce montage pour y revenir plus tard à tête reposée et avec une vraie objectivité envers les 30 premières secondes montées.

Jour 2

Matin

Je repars sur du dérushage, et je termine cette étape totalement à la mi-journée. Ainsi, toutes mes vidéos en dehors du clip récapitulatif sont dans un état de bout-à-bout : tous les plans sont là, enchaînés les uns à la suite des autres, mais sans aucune gestion du rythme ni de la longueur. Ce montage provisoire tient sur environ 15 minutes (exemple arbitraire, ça peut varier), alors qu’il va être 2 fois moins long une fois que je l’aurai affiné en coupant les plans superflus et en raccourcissant ceux qui restent.

On touche ici à une chose difficile à comprendre pour les non-initiés : je passe plusieurs heures à raccourcir leurs vidéos, et je suis payé pour ça ! C’est difficile à comprendre quand on est à la recherche d’un vidéaste et qu’on ne veut pas se faire escroquer. On se rabat alors sur le seul critère que l’on peut quantifier : la durée des vidéos. Et on demande au vidéaste d’avoir une super longue vidéo de mariage, on veut 4 heures de vidéo, car on veut en avoir pour notre argent, on veut revivre notre mariage dans sa totalité.

Ce raisonnement est très mauvais. Je reçois régulièrement des demandes de cet acabit. J’essaie alors d’expliquer mon point de vue : une vidéo de 4 heures, personne ne la regarde, pas même les mariés en dehors du jour où ils la reçoivent. C’est forcément ennuyeux à mourir. J’insiste pour réaliser des vidéos relativement courtes qui coupent tout ce qui est superflu et qui sont divertissantes. Et ce travail de raffinement a un coût. Il serait effectivement tellement plus simple de livrer des montages bout-à-bout !

Pour les personnes qui sont vraiment en besoin pressant de beaucoup de vidéo, j’ai la solution : je fournis gratuitement les rushes aux mariés. 3 à 7 heures de vidéos brutes, que les plus motivés peuvent regarder pour être bien rassasiés. Ils ne le feront qu’une seule fois !

Après-midi

Je reviens à mon montage : j’ai mes bout-à-bout, mais pour l’instant je n’y touche pas. Maintenant que j’ai toutes les images du mariage en tête, je retourne sur le montage du clip principal. Je passe la demi-journée à le monter jusqu’au bout, en omettant le ou les passage(s) montrant des discours : cette partie de la vidéo est très spécifique, je la garde pour le lendemain.

Jour 3

Matin

Ce matin, c’est spécial discours !

Je monte toutes les vidéos qui montrent des gens qui parlent. Si j’ai capté une cérémonie laïque, je la monte dans son entièreté. Pour toute autre forme de prise de parole, je fais généralement un montage condensé.

A la fin de ce processus, j’ai en tête tout ce qui a été dit le jour du mariage. Il est temps de reporter les meilleurs moments dans le clip récapitulatif ! Je sélectionne les passages les plus touchants, les plus drôles, les plus émouvants, en veillant à plusieurs choses :

  • Je ne sélectionne pas les passages à connotation « triste ». Exemple : une personne qui dans son discours fait référence à un être cher disparu. Sortis du contexte et envoyés dans un clip récapitulatif, ces moments contrastent fortement avec mon style de montage punchy, cela fait très mauvais goût. Ils ne sont pas perdus pour autant : ils restent présents dans la vidéo détaillant les discours dans leur entièreté.
  • Il faut que chaque personne ayant pris la parole au mariage soit présente dans la vidéo.
  • Il faut que les différents extraits de discours s’enchaînent de manière cohérente et harmonieuse. Je fais souvent fi de la chronologie. Généralement, je commence avec les rires pour évoluer vers l’émotion.

Je passe beaucoup de temps à mixer le son et à éliminer les bafouillements. C’est le seul moment où je me permets de tricher en corrigeant un peu les prononciations : cette vidéo doit être rythmée, je retire alors les hésitations dans la voix, tout en veillant à ce que cela ne dénature pas les personnalités des orateurs.

Après-midi

En début d’après midi, je me retrouve avec un montage quasi final du clip récapitulatif. Je réalise alors l’étape de la colorimétrie : l’image qui sort de la caméra est neutre, voir très terne. C’est volontaire, cela permet d’avoir beaucoup de latitude au montage pour obtenir le rendu voulu. Concrètement, je repasse sur chaque plan pour le rendre visuellement chaleureux :

Au passage, cette étape permet d’harmoniser les différents plans entre eux, c’est pourquoi la colorimétrie se fait une fois le montage terminé.

Je ne fais pas que retoucher les couleurs. Je recadre aussi certains plans, j’en stabilise d’autres, et je retire des éléments superflus sur quelques uns :

Avant
Après !

Jour 4

Matin

Je dédie la matinée au montage et à la colorimétrie de toutes les vidéos qui ne sont pas déjà montées. Cela va beaucoup plus vite que pour le clip récapitulatif, pour les raisons suivantes :

  • Il y a moins de sélection et de réflexion à faire que sur le clip : on enchaîne tous les plans en les resserrant au maximum en restant dans l’ordre chronologique.
  • La colorimétrie est plus simple à gérer : à quelques exceptions près, chaque vidéo a son propre environnement et son propre éclairage qui restent constants. Contrairement au clip récapitulatif qui passe rapidement d’un lieu à un autre, et qui demande de garder une cohérence malgré les changements de conditions lumineuses.
  • Tout simplement : ces vidéos sont moins cajolées que le clip principal. Ce dernier est vraiment monté avec minutie, chaque plan est traité dans les moindres détails pour que la vidéo soit parfaite. Je m’autorise plus d’imperfections sur les vidéos secondaires. Non seulement car seuls les yeux avertis verront cette différence, mais surtout car monter le niveau d’exigence sur ces vidéos ferait doubler le montant du devis.

Après-midi

Toutes mes vidéos sont potentiellement terminées. Je les visionne dans leur entièreté avec ma femme qui me donne son approbation, ou pas. Sur grand écran, pour être sûr de ne rater aucun défaut !

Je passe mon après midi à faire des retouches un peu partout, mais surtout sur le clip principal.

Jour 5

C’est fini ! Il est temps de livrer tout cela à mes mariés. Avant tout, il faut effectuer le rendu des vidéos : elles sont dans mon logiciel de montage, il faut maintenant les exporter dans un fichier lisible par quiconque le souhaite. Ce n’est pas un simple clic sur le bouton « enregistrer » ! Il faut régler plusieurs paramètres d’encodage de la vidéo, pour maximiser la qualité tout en minimisant le poids du fichier.

Vient le moment de l’envoi des vidéos, d’abord de manière dématérialisée : je mets à disposition de mes mariés une page web protégée par mot de passe qui récapitule toutes leurs vidéos.

Ensuite et pour terminer, il reste à préparer le DVD/BluRay avec son coffret.

Pour cela, c’est ma femme qui s’y colle ! C’est elle qui trouve les idées d’emballages, ils varient d’un mariage à l’autre.

Terminé ! C’est maintenant le moment de s’ouvrir une petite bière en attendant de remettre le coffret aux mariés !

Montage

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