Travailler gratuitement ?

« Si tu es doué(e) pour faire quelque chose de particulier, ne le fais jamais gratuitement ».

Le joker a plutôt bien résumé : ne jamais travailler gratuitement, peu importe le domaine. Ceci étant dit, sa phrase commence par une condition importante : il faut être bon dans ce qu’on fait (quoique, si vous faites des choses moches et que vous arrivez à en vivre, vous aurez tout mon respect). On l’a tous vécu au début : pour se mettre le pied à l’étrier, quand on n’est pas trop sûr de soi, il faut bien commencer par quelque chose, se faire la main, quitte à ne pas être rémunéré. C’est dans cette situation que je trouve acceptable de travailler « pour la beauté de l’art », mais attention : il y a beaucoup de conditions ! Je les donne avec des exemples concrets ci-dessous.

Les mariages

Avant de filmer mon premier mariage, je ne savais pas si j’en étais capable, et je ne savais même pas si cela me plairait. J’en étais au stade où je faisais des vidéos pour mon plaisir personnel, avec des amies de ma femme qui me disaient que je pourrais en faire mon métier. C’était encourageant, mais difficile de convaincre des clients dans ces conditions, quand on n’est même pas convaincu soi-même.

J’ai donc filmé un mariage d’amis pour me tester. Voici donc le tout premier mariage que j’ai couvert :

Concrètement, j’ai attendu quelques semaines avant la date fatidique pour leur proposer de les filmer. En attendant au maximum, je m’assurais de ne pas couper l’herbe sous le pied d’un « vrai » vidéaste de manière déloyale. Ça tombait bien : ils ne voulaient pas de vidéo à la base. Ils ont donc accepté ma proposition sans rien attendre, me permettant ainsi de filmer sans pression. Et de mon côté, je ne tuais pas le marché. Certes, on peut se dire que je lui faisais du mal indirectement, en laissant espérer à tous les mariés du monde qu’ils trouveraient un vidéaste débutant gratos. Mais je pense qu’il n’y a rien à craindre : quand des mariés veulent une vidéo pour de bon et que c’est important pour eux, ils comprennent qu’il ne faut pas prendre de risque à jouer avec un débutant.

Conclusion de l’essai : j’étais heureux de m’être entraîné avec un filet de protection, car j’ai fait des erreurs durant ce mariage :

  • Toute la séquence de sortie de l’église a une image de moins bonne qualité que le reste. Tout simplement car elle a été filmée par une caméra de secours, tenue au poignet, la première étant à cours de batterie. J’avais oublié de prendre la batterie de secours sur moi. Je me suis un peu détesté sur le moment.
  • L’étalonnage est un poil terne. Les vidéos qui ont suivi sont plus contrastées et riches en couleurs. C’était avant que j’investisse dans un écran correctement réglé pour le montage.

Au final, les mariés et leurs proches étaient ravis de revoir leurs vidéos. Pour la petite histoire, ils m’ont fait la surprise de me « payer » en boites de Lego Batman. Ma femme par contre n’était pas ravie. Malheureusement, je vous informe quand même que je n’accepte plus les paiements en Lego. Ou alors beaucoup de Lego.

Enfin, détail important : ces mariés étaient des amis. Je n’aurais pas proposé cela à des gens que je ne connaissais pas.

Les nouvelles techniques

De manière générale, mon principe est de refuser de faire des ristournes. Par contre j’aime offrir des choses quand cela est justifié, et il faut que cela vienne de moi. La première raison d’offrir quelque chose, c’est l’incertitude quant-à ma capacité à la réaliser. Exemple avec le timelapse en guise de dernier plan de cette vidéo :

Ce timelapse ayant lieu sur plusieurs jours représente beaucoup de travail de montage, quasiment autant que le reste de la vidéo. Et pourtant, il n’était pas compté dans le devis car :

  • je n’avais jamais fait ce genre de chose, je ne savais pas si j’y arriverais, ce n’était qu’une vague idée dans ma tête.
  • je n’avais jamais fait ce genre de chose, je n’avais aucun repère ou exemple à montrer à mon client pour justifier le coût.

Ainsi, mon client a été gagnant là dessus, et de mon côté j’ai maintenant de quoi facturer correctement ce genre de plan lors de mes prochaines prestations.

Le nouveau matériel

Lorsque j’ai acquis mon drone, j’ai offert l’option à un couple de mariés dont le domaine remplissait les conditions de sécurité nécessaires. Et j’ai bien fait de faire cette première sortie gratuitement : pendant une partie de la journée, le drone a refusé de décoller, bloqué par un problème de synchronisation avec la télécommande. Si j’avais fait payer les mariés pour ce grand moment de solitude, je m’en serais énormément voulu, même en les remboursant a posteriori. Cette expérience m’a permis de résoudre le problème et de gagner en confiance pour les situations suivantes.

Je viens d’acquérir une nouvelle caméra beaucoup plus performante que les anciennes. Je ne répercuterai pour autant pas tout de suite le coût d’amortissement de la caméra sur mes prochaines prestations de la fin d’année, le temps de me faire la main dessus. Les anciennes caméras seront disponibles juste à côté au cas où je rencontre un problème avec la nouvelle.

En bref : peu importe la préparation qu’on peut faire en amont, il n’y a que sur le terrain lors d’une vraie situation qu’on peut valider le fonctionnement de son matériel. Je préfère donc avantager financièrement mes clients en testant mon matériel devant eux, souvent sans qu’ils ne s’en rendent compte.

Et les œuvres caritatives ?

J’espère être un jour assez profitable pour proposer une fois par an mes services à une oeuvre caritative ou une association d’intérêt général. Je ne sais pas encore si j’y arriverai, et surtout, cela rentre un peu en contradiction avec un de mes principes totalement utopiques : quand on travaille pour une noble cause, on devrait être payé. Notre monde fonctionne à l’opposée : un volontaire à la croix-rouge est bénévole, alors qu’un actionnaire de chez Monsanto s’en met plein les poches. Je trouve ça étonnant qu’on questionne l’éthique de personnes comme ce producteur de containers aménagés pour héberger des migrants : je ne connais pas ses raisons, peut-être que le mec est une raclure, mais dans l’idée, il fait quelque chose qui a une énorme valeur, et qui aide des personnes. Pourquoi devrait-il faire cela gratuitement ? Pourquoi pas au contraire encourager ce genre de services ?

Il n’empêche que malgré ce principe voué à l’échec, je garde en tête l’idée de donner un peu de mon temps pour faire quelque chose de désintéressé. Mais peut-être que ça passera par autre chose, je n’en sais rien. Par exemple, avoir un(e) vrai(e) stagiaire ? Le mot « vrai » impliquant que la personne est là pour apprendre et pas pour me soulager de toutes les tâches ingrates à moindre coût.

Le syndrome de l’imposteur

Attention à ne pas sous-estimer ses capacités : j’ai vu beaucoup de gens se dévaloriser alors que leur travail était impeccable. A un point où ces personnes ne se sentaient pas légitimes de faire payer correctement leurs prestations. Toutes les raisons de « faire du gratuit » données ci-haut restent des exceptions : il faut être lucide par rapport à la qualité de notre travail et se faire payer en conséquence.

Je trouve cette mini-BD drôle, même si je ne suis pas d’accord avec la vieille rengaine des gens qui tirent le marché vers le bas : quand on a de vrais clients qui comprennent l’intérêt d’une vidéo bien faite, ils ne se tournent pas vers des gens dont c’est le hobby. Ils sont prêts à mettre le prix pour avoir des garanties en retour. Les prestataires au rabais qui proposent des vidéos à 200 € n’auront que des clients qui ne sont prêt qu’à payer 200 € pour une vidéo mal fichue. Ce ne sont pas des prospects avec lesquels je souhaite travailler, car je ne peux pas travailler à perte. Je les laisse donc volontiers aux personnes qui cassent les prix.

Conclusion

Je le répète : ne jamais travailler gratuitement. Et si jamais on veut offrir des choses, il faut que ce soit justifié, que cela nous rapporte une chose de valeur : des images pour notre promotion ou une expérience supplémentaire. J’exclus de cette liste les arguments de « visibilité donnée à notre travail » et de plaisir à tourner les images : si un client se targue de pouvoir rendre notre travail très visible, c’est qu’il a les moyens de nous payer. Et le plaisir de filmer ne permet pas de manger.

Je termine avec une chose que j’aimerais essayer : une séance « trash the dress » après un mariage. Je n’ai jamais filmé ça, je ne sais pas comment ça se déroule, et ce qu’on peut y faire. J’aimerais essayer, en ne facturant que les frais de déplacement, sous conditions de disponibilité. Je proposerai donc cela à mes mariés de 2019, en espérant trouver des cobayes !

Philosophie

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