Adapté au cinéma : Arrival

Des aliens viennent sur terre et ont envie de taper la discute. Une linguiste un peu nerdy est embauchée pour comprendre leur langue.

Comparatif en court et sans spoiler

Le film est assez fidèle à la nouvelle d’origine, et arrive à retranscrire à l’écran les deux arcs principaux qui sont agencés de façon très particulière. Le film rajoute à l’histoire de la nouvelle des événements supplémentaires afin de faire monter un peu les enjeux et d’assurer un peu de spectacle : la nouvelle est très minimaliste. Mais ces ajouts ne donnent pas d’impression de remplissage.

Le film se traine une mini réputation de film « pro-life » (mouvement américain de trous du culs qui militent contre l’avortement), plutôt à tort. La faute à un petit changement dans le scénario lors de l’adaptation (fait pour des raisons pragmatiques/de cohérence) et qui peut laisser penser qu’Arrival propage une idée qui pue.

En détails et avec spoilers

La plus grande différence part du titre : la nouvelle s’appelle Story of your Life, ce qui montre bien son centrage sur la relation entre Louise et sa fille. La protagoniste est narratrice et raconte la vie de sa progéniture en parallèle de son aventure avec les heptapodes. Comme dans le film, une ambiguité temporelle est entretenue en faisant passer des flashforwards pour des flashbacks. Sauf que la nouvelle donne un indice de taille : le récit de la fille est au futur, celui des heptapodes au passé. La nouvelle se termine exactement comme dans le film, avec Louise qui conclut en parlant au présent.

Le film rajoute tout un arc narratif politique et militaire sur les heptapodes : en gros, dans la nouvelle qui est très minimaliste, les aliens viennent pour discutailler, et au bout d’un moment ils se barrent sans donner d’explications. Point final. Pas de tensions avec la Chine, pas de tentative d’attentat par des militaires teubés, pas d’alliance mondiale à la fin, pas de menace qui pèse sur les heptapodes dans 3000 ans.

Tous ces ajouts permettent de donner un climax avec pas mal d’emphase et de souffle au film, là ou la nouvelle est très austère, avec une fin un poil « underwhelming ». Par contre, ces suppléments ont été troqués contre beaucoup de scènes d’apprentissage des langues parlées/écrites des heptapodes. Ce n’est pas forcément un mal, car si c’est assez passionnant à lire, ça colle moyennement avec un film qui se veut grand public. La seule victime dans tout ça, c’est le personnage de Carl, renommé en Ian pour le film : dans la nouvelle il aide activement Louise à comprendre le langage heptapode grâce aux mathématiques et à la physique, en particulier le principe de Fermat. Le film, lui, est plutôt en mode Girl power, avec Louise qui trouve à peu près tout et Ian qui est relégué au rôle de voix off pendant une petite séquence expliquant les avancées de la linguiste. On troque donc un personnage masculin intéressant contre un personnage féminin principal qui déchire tout. Pour une fois que ce n’est pas l’inverse, on va pas se plaindre.

Petit ajout du film rigolo : les oiseaux en cage qui permettent de vérifier que l’air est respirable. Ils font partie de la foule de détails visibles lors des rencontres avec les aliens (alors que la nouvelle est ultra sommaire et ne décrit pas grand chose en dehors de la vitre qui sépare les deux espèces et qui est plutôt une sorte d’écran). Mais le motif de l’oiseau est repris à la fin dans un dessin fait par la fille de Louise, ce qui permet d’appuyer le « twist » sur les faux flashbacks.

La différence qui m’a le plus frappée concerne le traitement du personnage de la fille. Elle meurt très jeune dans le film, alors qu’elle atteint les 25 ans dans la nouvelle. On devine aisément que le scénariste a fait ce choix afin d’éviter de trop voir le personnage d’Amy Adams vieillir, ce qui aurait rapidement grillé le twist. Mais aussi, la fille meurt d’une maladie rare, alors qu’elle est à l’origine censée mourir dans un accident d’escalade. Dans un très intéressant podcast, le scénariste explique ce choix par pure volonté de cohérence : si c’est un accident qui tue sa fille, pourquoi est-ce que Louise ne l’empêcherait pas d’aller escalader ce jour là ? Ce problème est surtout causé par l’ajout dans le film de la crise avec les chinois : on montre clairement que Louise peut se servir de sa perception du temps pour peser sur l’issue de cet événement. Alors que dans la nouvelle, on comprend que le « pouvoir » de Louise est d’être consciente de sa vie présente et future, mais on ne la voit pas tellement prendre d’action pour changer les choses, et il est plus ou moins dit qu’elle ne peut pas le faire. Ainsi, elle accepte la mort à venir de sa fille qu’elle qualifie de téméraire et ne tenant pas à la vie. Et elle n’y peut rien.

On a donc dans le film une fille qui nait avec une maladie incurable et qui va en mourir. Comme ça, on est certain que le personnage d’Amy Adams ne peut rien changer. Et c’est là qu’on peut y voir une morale ambiguë en rapport avec l’avortement. Pour ma part, je trouve ça juste maladroit.

Conclusion

Super film, très intéressant à voir pour le travail d’adaptation qu’il y a derrière. Le concept s’effondre un poil sur la fin, mais c’est tellement un régal de mise en scène, de montage, de musique et de mixage son, que c’est bien ma came.

Merci à Liam Engle pour le lien vers le podcast.

Cinéma

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