1917 : analyse des plans-séquences

J’ai eu quelques réponses à mon précédent article sur les plans-séquences dans les films d’action qui me conseillaient de voir 1917, film uniquement composé de deux énormes (faux) plans-séquences. C’est fait.

J’ai adoré le film. Le choix du plan séquence est justifié, et il est excellemment bien exploité formellement : on varie les valeurs de plan, on alterne les différents rythmes, on exploite pleinement le hors champs, on navigue entre mouvements de caméra et plans fixes, on se permet des plans de grue, et on respecte le choix de point de vue.

Bon voilà, on a parlé en bien du film, maintenant on va s’exciter sur les détails dont tout le monde se fout : les coupes invisibles pour unir les différentes prises en un seul plan continu.

Des coupes, il y en a à foison, et certaines sont très visibles et moches. Mais c’est pas grave, car le film est bien : il n’a pas que le plan-séquence à proposer, au contraire des mauvais exemples vus dans l’article précédent. D’autres fous furieux avant moi se sont amusés à répertorier ces coupes :

Je me suis amusé à m’attarder sur une des coupes que je trouve très bien faite et très complexe. La voici, avec la zone en vert qui est le deuxième plan qui apparait progressivement.

NB : cette image n’est que spéculation. Je peux très bien me tromper. Mais j’ai envie de deviner comment ils ont pu le faire : je suis certain qu’il y a une coupe à cet endroit, mais la technique exacte pour la faire est incertaine.

On utilise donc le personnage proche de la caméra pour cacher au maximum la scène et ensuite sortir du cadre pour totalement laisser apparaitre le nouveau plan. Une fois que le personnage est totalement accroupi et qu’on ne le voit plus, on peut remarquer que ça s’agite bizarrement au niveau de l’encadrure que traverse l’autre personnage : ce n’est peut-être pas perceptible pour un œil non entrainé, mais en tant que gros loser qui a beaucoup galéré à stabiliser des plans moches en post-production, je vois un truc louche. Comme un zoom numérique dans l’image. Je pense qu’ils ont fait plein de manipulations pour arriver à faire vaguement correspondre les deux prises : déformation, zoom, stabilisation… Aussi, des longueurs de focales différentes ont été utilisées pendant le film. Je ne serais pas étonné qu’ils aient utilisé une focale courte en intérieur, et une focale plus longue en extérieur. Ce qui expliquerait la nécessité de zoomer dans l’image pour raccorder les deux.

Mais je veux surtout parler d’une potentielle autre coupe. Attention c’est là que vous pouvez me juger et me dire que j’ai beaucoup trop de temps libre. Voici l’hypothétique coupe :

Je ne suis pas certain qu’il y ait une coupe, car elle serait absolument parfaite : je n’ai vu aucun recadrage bizarre, les positions des hommes et des membres sont cohérentes, les accessoires du soldat au fond n’ont pas bougé.

Ce qui me fait douter, c’est que le personnage au premier plan effectue exactement la chorégraphie nécessaire pour masquer une coupe : il vient faire un bisou à la caméra pour cacher le fond, et il va disparaitre dans un coin. Ce qui est flagrant dans ce plan en particulier, c’est qu’à peine sorti du cadre, il revient. Ça me semble trop parfait pour être vrai.

Autre argument en faveur de la coupe : quelques secondes après ce passage, un des deux personnages se blesse à la main avec du barbelé. Le geste me semble assez complexe pour avoir à être placé en début de prise, afin de pouvoir le refaire rapidement.

Cet article est fini, je dois continuer à regarder le film image par image. A dans 6 mois !

Cinéma, Montage

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